Histoire de l Art thérapie

Histoire de l'Art Thérapie

 

Depuis toujours, l’homme et l’art entretiennent un rapport étroit dans le cadre du bien-être.

Sans que de nos jours les pratiques de l’art dans les grottes n’aient été élucidées, l’hypothèse du chamanisme semble concorder avec les recherches établies à ce jour. Le chamane a un rôle curatif dans la société, il détermine la cause de la maladie, la façon d’y remédier et enfin, il entreprend la cure. Le chamane s’occupe de tout ce qui touche à l’âme humaine : guérison des maladies et passage vers la mort. Il joue un rôle essentiel dans la défense de l’intégrité psychique de la communauté.

Le chamane qui pratique différents arts (rupestre, tambour…) est la première relation qui peut être établie dans le temps entre l’art et la santé.

Ce n’est qu’avec Platon que commence une réelle réflexion sur l’art et l’humanité. Même si Platon condamne d’une certaine manière l’art qui ne donne qu’un aspect éloigné (mímêsis) de la chose réelle, Platon a une conscience très vive de l’esthétique de l’art et de l’effet qu’il produit sur l’homme. L’art s’adresse à la sensibilité et finalement au corps même de l’homme.

Histoire et destin du terme créativité.

Tentons de nous éclairer en suivant l'évolution du terme de créativité. Créer, d'abord crier (1119)
est un terme apparu en 1155, qui signifie étymologiquement : faire pousser, faire grandir, produire,
établir une chose pour la première fois.
D'abord un terme biblique désignant l'opération divine d'ordonnancement du chaos originaire, de
l'informe. Création dans le récit biblique signifie ordonner le tohu-bohu, les ténèbres, qui
préexistent à leur mise en forme. La création les ordonne, leur donne du sens en les distinguant, en
jour et nuit, ciel et terre, eau du haut (nuage, pluie) et haut du bas (mer, lacs..), créatures vivantes,
animaux, humains, masculin et féminin. La création met donc de l'ordre dans du préexistant, dans
un chaos originaire, qu'elle structure, pour lui donner forme et vie et l'introduire à la communauté
des humains.
Ce n'est que vers 1800 que le terme de création sera repris dans le débat artistique pour l'opposer à
l'imitation, la mimésis - reproduction fidèle de la réalité - et constituer le champ artistique moderne
et contemporain.
Ars en latin désigne d'abord une habileté‚ acquise par l'étude ou par la pratique. Vers 1600, ars se
subdivise en deux catégories : les arts et métiers qui auront pour objet l'utilitaire et les beaux-arts
qui désigneront les activités qui tendent vers l'agréable, le beau. Les peintres sont d'abord
considérés comme des artisans et non comme des artistes au sens noble du terme.
Jusqu'au 17ème, 18ème siècle prédomine la conception classique du beau et de l'activité artistique
caractérisée par la croyance à l'existence en un « beau » objectif. L'activité artistique est pensée
sous l'idée d'imitation, de reproduction de la réalité. Un peintre est amené à faire des portraits.
L'artiste dépendait de son commanditaire (église, cour d'abord, riches marchands et bourgeois
ensuite) qui reste seul maître de la commande. L'artiste est un exécutant qui ne signe pas ses
oeuvres. La référence à la créativité, à l'inspiration n'a alors pas de sens.
Aux 17ème et 18ème se construit progressivement au travers d'institutions tels qu'académies, salons...
l'autonomie du champ artistique et de l'appréciation esthétique. Le monde artistique lui-même,
celui des artistes, des critiques, des académies, jugera dès lors de la qualité‚ de ses productions. On
ne croit plus en l'existence d'un « beau » objectif, l'art s'émancipe pour aller vers le subjectivisme :
on se réfère de plus en plus à l'appréciation personnelle, au goût, à la préférence esthétique du côté
du récepteur tandis que du côté du producteur d'oeuvres, l'idée de mimésis, d'imitation, de
représentation objective, fidèle du réel sera remplacée par les idées d'invention, d'imagination et surtout de créativité. Un tableau ne doit plus rendre le réel, mais avant tout la vision du peintre, sa patte, sa griffe, « son génie ». Ultérieurement, les règles de la qualité et du bon goût, l'académisme, qui ont permis la libération du mouvement artistique, seront progressivement ressenties comme enfermantes pour l'artiste dont la production sera appréciée par de nouvelles catégories : authenticité, spontanéité, créativité plutôt que le beau.

Le courant romantique jouera un rôle majeur dans cette évolution qui permettra la libération des artsplastiques pour donner naissance au 19ème siècle en peinture à l'impressionnisme. Ainsi Monet dans son tableau "Impression soleil levant" se réfère explicitement dans ce "tableau manifeste" aux impressions plutôt qu'à une restitution de la réalité.

Le progrès technique jouera également un rôle majeur dans cette évolution. Avant l’apparition dela photographie le dessin était le moyen le plus fidèle de restitution du réel. Ce moyen rapide, efficace de produire des images fidèles a révolutionné les arts plastiques qui pourront aller librement vers de nouveaux courants artistiques.

La rupture avec l'académisme et ses normes bien établies, explique la fascination pour l'art primitif
(Delacroix part en Orient, Gauguin aux Marquises), la créativité enfantine et les productions des
"malades mentaux", qui auraient en commun, de n'avoir été déformés par les canons de l'académie
et donc d'exprimer du plus originaire, du plus authentique. Ultérieurement avec l'idée d'art brut,
Dubuffet explorera et valorisera le potentiel créatif présent chez ceux qui ne sont pas déformés par
l'éducation académique : l'enfant, le fou, ceux qui créent sans être influencés par les normes
esthétiques et culturelles, sans être contaminés par le milieu artistique et ses critères.
Le romantisme magnifiera le personnage même de l'artiste considéré comme un être particulier,
inspiré, capable de puiser en lui des ressources expressives, pour offrir au commun des mortels des
significations nouvelles qu'il ne peut lui-même produire. L'artiste a un statut d'exception, est un élu
ce que traduit bien, l'idée de génie, de muse, de vision. Ce qui appartenait auparavant au domaine
du surnaturel, du divin, s'incarne dans la personne de l'artiste. La dimension du travail, de la
transmission d'une tradition, d'un savoir-faire acquis par l'enseignement est reléguée au second plan
au profit d'une conception quasi magique de l'artiste inspiré, créateur ex nihilo.
L'artiste romantique ne désigne finalement plus que le créateur d'oeuvres, mais "l'homme de plein
exercice", digne de ce nom, qu'on oppose au bourgeois laborieux, mesquin. Etre artiste se traduit
aussi par une posture, par un mode de vie différent, marginal : la vie de bohème... Le vrai artiste est
celui ne qui craint pas d'affronter le côté tragique de l'existence. Pour créer, Rimbaud prône le
dérèglement des sens, Baudelaire les paradis artificiels... La consomption (genre de mélancolie) est
la maladie romantique par excellence. La maladie mentale (Hölderlin, Schuman, de Nerval,
Nietzsche) revêt une signification analogue attestant que la vraie création ne peut se faire qu'au
risque de l'égarement, de l'errance voire de la mort.
L'idée de créativité‚ devient le terme central de l'art à tel point que l'art moderne sera marqué par
l'idée d'avant-garde qui doit se distinguer par une capacité de créativité qui permette de créer du
neuf pour affirmer la rupture avec les productions antérieures. Cet idéal de créativité tournera
parfois à vide, quand le neuf est recherché pour lui-même, avant toute recherche esthétique.
Faisons un saut dans le temps jusqu'aux années 1960-70 où les idéaux de créativité viendront à
l'avant plan pour aller à l'encontre de la culture établie. L'idée de créativité sort du domaine
artistique pour devenir un thème social central : chacun porterait en soi un potentiel créatif
inexploré, non employé. Le champ artistique commence à sortir de ses lieux traditionnels
d'exercice pour essaimer. C'est dans ce contexte qu'apparaissent en Belgique divers ateliers, des
centres d'expression et de créativité. L'école quant à elle misera sur le caractère créatif de l'enfant
qu'il s'agit de développer. Créativité perdra ultérieurement son caractère subversif, contestataire
pour devenir actuellement une nouvelle norme, qui régit le monde des entreprises, par exemple le
"créatif" est un personnage central des agences de publicité actuelle.

Entre 1800 et 1860, de nouvelles théories apparaissent concernant le traitement des « aliénés ». Les médecins qui lancent ce mouvement sont appelés « les aliénistes » (Pinel à Paris et Tuke en Angleterre). Pour eux, les éléments fondamentaux d’une psychothérapie sont : parler avec douceur, compatir avec le patient et lui redonner espoir. Sans qu’il y ait là introduction de l’art comme médiateur, ces fondements sont importants et repris en art-thérapie.

Le Club Antonin Artaud (Belgique), est né en 1963 dans ce contexte de valorisation de la créativité et de
recherches d'artiste animés par l'idée que l'art doit se pratiquer hors de ses lieux traditionnels
d'exercice. Créé à l'initiative de patients hospitalisés, pour qui l'atelier théâtre dispensé à l'hôpital
"était le seul moment où ils se sentaient considérés comme des humains et non comme des individus
biologiques", le Club a été un des premiers lieux où l'art a été invité‚ à se pratiquer hors des milieux
académiques convenus. Les artistes étant convaincus d'une potentialité‚ particulière présente chez
ceux qui fréquentaient le Club. L'art a été convoqué pour sa capacité à éveiller le potentiel créatif et
à redonner statut d'humain à ceux qui étaient réduits à n'être plus que des malades. Les ateliers
artistiques ont contribué à ce qu'émerge hors hôpital psychiatrique des lieux de soutien aux
personnes en souffrance. L'évolution de l'idée de l'art et de la créativité est donc une des conditions
de la fondation de notre centre en tant qu'institution novatrice et humanisante.

Au début du XXe siècle, Carl G. Jung a expérimenté les bienfaits de l’expression par le dessin.

Toutefois, l'art-thérapie n'a fait son entrée officielle dans notre société contemporaine que vers les années 1930. Elle s'est d'abord introduite en Angleterre et aux États-Unis grâce à Margaret Naumburg, enseignante et psychothérapeute reconnue comme l'une des pionnières dans le domaine. Par ailleurs, il est intéressant de faire un parallèle entre l'art-thérapie et l'art brut, un mouvement lancé en 1945 par le peintre français Jean Dubuffet, à cause de la similarité du processus créatif qui vise essentiellement l'expression spontanée et personnelle (voir Sites d’intérêt).

La paternité de l’art-thérapie est attribuée à Adrian Hill (1940), peintre tuberculeux placé en sanatorium. Il se laissa aller à l’art spontané qui l’amena, au grand étonnement des médecins, à la guérison.

C’est le XXe siècle qui a vu l’émergence de pratiques thérapeutiques utilisant l’art comme média. C’est en 1950 que les premiers programmes de formation furent créés au États-Unis. L’art-thérapie s’est ensuite développée en Europe.

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